L’imperfection, qu’est ce que c’est ? L’opposé du perfectionnisme ? Suis-je perfectionniste ? Est-ce grave ? Je viens de découvrir un auteur, Tal Ben-Shahar, qui a écrit L’Apprentissage de l’imperfection en 2010.

Je sais que cet auteur, professeur d’université en psychologie positive a influencé Florence Servant-Schreiber, auteure que j’ai pu rencontrer ( et je vous en parle ici et ). C’est une véritable ouverture vers quelque chose de nouveau pour moi.

Mes débuts avec le perfectionnisme.

Dans cet ouvrage, l’auteur parle de son expérience, et de son apprentissage de l’imperfection, avec une analyse des bénéfices qu’il en retire.

En effet, c’est un sportif de haut niveau, qui, a force d’entraînements et d’un schéma mental perfectionniste, n’a pas connu le succès international qu’il avait souhaité.

Comme lui, je connais trop bien ce schéma. Dans mon enfance, par ce que j’ai souhaité apprendre la musique dès 3 ans, mes parents m’ont trouvé un professeur de piano, Louis Martini. C’était un brillant chef d’orchestre, spécialisé dans le baroque, qui donnait des concerts à Pleyel et à la Madeleine.

Louis Martini avait écrit un programme précis d’apprentissage.

Un tampon encreur géant avec les jours de la semaine lui permettait de nous faire relever le temps consacré à l’entraînement à la maison.

Pour le piano, après la Méthode rose, il fallait apprendre le répertoire de Magdalena Bach, puis celui de son époux, Johann S. Bach, puis on avait le droit d’apprendre, Mozart, Beethoven… Chopin et Liszt étaient réservés aux fins de cycle…

Pour mes parents, cela a été l’opportunité de m’inculquer les notions du geste parfait et de l’effort. Mais j’ai surtout mon caractère. Petit à petit, surtout à partir du moment où nous avons quitté Asnières, j’ai obtenu de mes parents une discipline un peu plus souple.

Ce que j’analyse après la lecture de Tal Ben-Shahar, c’est que, de souplesse, en fait, je m’enfermais dans mon perfectionnisme.

Alors, qu’est-ce qu’un perfectionniste ?

Selon Tal Ben-Shahar, le perfectionniste est une personne qui se fixe des objectifs avec la pensée que pour y arriver, il suffit d’aller droit au but, en ignorant son environnement, que cela soit son corps ou ses proches.

Refus de l’échec

Par conséquent, le perfectionniste refuse l’échec. Du coup, il va éviter de se mettre en mauvaise posture. Pour cela, dans un premier temps, il va se donner les moyens d’aller au bout des choses, quitte à en pâtir physiquement.

C’est le cas des nombreux burn-out que nous constatons dans le monde du travail. Sauf qu’au vu des efforts déployés, la critique est insoutenable. Puis, petit à petit, le perfectionniste va éviter de se donner de nouveaux challenges et de sortir de sa zone de confort.

Refus des émotions

C’est la deuxième particularité du perfectionniste, le refus des émotions douloureuses. Par conséquent, le perfectionniste va essayer de se protéger des risques de connaître certaines émotions.

Personnellement, ado, j’avais décidé de ne plus pleurer. Malgré les difficultés et les décès dans mon entourage, ça a fonctionné pendant 15 ans… jusqu’au jour de mon premier burn out, où là, mon corps a commencé à pleurer : c’était comme un barrage qui déborde, je ne maîtrisais plus rien. Avec d’autres symptômes de fatigue, celui-ci était le plus déstabilisant.

Pendant cette période de ma vie, cela a eu des conséquences sur mes rapports aux autres : je n’aimais pas parler aux gens, au-delà du strict nécessaire car j’avais toujours peur de l’interprétation qui pouvait être faite, ou du jugement. Du coup, je me suis épanouie dans le milieu canin : hé oui, les chiens sont toujours contents de voir leur maître, et ça, cela me rassurait.

Refus de reconnaître les succès

La troisième particularité du perfectionniste selon Tal Ben-Shahar est le refus de reconnaître les succès qu’on connait : ce n’est jamais assez bien, assez fort, assez à la hauteur des ambitions de départ.

Le perfectionniste verra toujours le point qui ne va pas, et trouvera de fait qu’il n’est pas à la hauteur. Pour l’entourage, cela peut être difficile à supporter. Sur le plan professionnel, c’est le collègue qui voit toujours le point qui ne va pas, qui estimera que le travail n’est pas fini, et qui est déçu quand la hiérarchie arbitre que cela est tout à fait acceptable.

Cela fait du perfectionniste un frustré qui le partage à son entourage, ce qui peut lui jouer des tours : les collègues et la hiérarchie peuvent ne voir que cet aspect de la personnalité du perfectionniste et ne pas voir les bons aspects comme son professionnalisme ou son investissement personnel.

Sur le plan personnel, le perfectionniste peut avoir besoin d’une rigueur pesante pour son entourage, imposer des routines qui le rassure, mais qui peuvent étouffer ses proches. Il peut aussi se fixer des objectifs trop haut, qu’il ne peut atteindre et donc estimer qu’il n’est pas à la hauteur.

Refus de la réalité

Bref, le mix de ces 3 aspects fait que le perfectionniste refuse la réalité, et voit tout avec le filtre ” toujours mieux, toujours pas assez”.

C’est ce qui m’est arrivé : au prétexte de plus de souplesse, je me suis convaincue que je n’avais pas besoin d’aller sur scène pour prouver quoi que ce soit. Mais j’avais surtout une trouille du regard des autres, avec trop de choses à maîtriser pour que cela soit acceptable de mon point de vue : image de soi, qualité de la prestation, accueil des critiques…

Je n’ai pas osé demander de faire des études supérieures : un contexte familial particulier, un coût des études qui faisaient que je n’aurais jamais supporté la responsabilité de cette charge si j’avais échoué.

J’ai mis un mouchoir sur mes ambitions et mes rêves, et me suis aménagée une vie correcte.

Sauf qu’à un moment, ça a craqué. La question de la découverte de soi, et du qui suis-je s’est imposée face à des réactions face à mon entourage peu conventionnelles.

Les conséquences du perfectionnisme.

Tal Ben-Shahar cite une liste de conséquences qui peut nous alerter :

  • dégradation de l’image de soi,
  • troubles de l’alimentation,
  • dysfonctionnements sur le plan sexuel,
  • dépression,
  • angoisse,
  • tocs,
  • troubles psychosomatiques,
  • syndrôme de fatigue chronique (dont le burn out),
  • alcoolisme,
  • sociophobie,
  • crises de panique,
  • tendances paralysantes à la procrastination,
  • problèmes relationnels.

A ce stade, je ne te confierai pas, lecteur, les conséquences du perfectionnisme que j’ai identifié dans ma vie, tu arrêterais de me lire 😉

L’optimalisme

Ce mot désigne un état d’esprit différent du perfectionniste. L’optimaliste accepte l’échec, et l’utilise pour apprendre et rebondir.

Il accepte les émotions, douloureuses comme joyeuses. Il accepte la réussite.

Bref, l’optimaliste accepte la réalité.

L’antidote du perfectionnisme, et le secret de l’optimalisme, c’est l’acceptation de la réalité […]. En refusant les déconvenues, ce sont les défis et les efforts qu’on écarte, et par là on se prive de la possibilité d’apprendre, d’évoluer. Si on nie les émotions douloureuses, on finit par les ressasser de manière obsessionnelle, on les amplifie, et on s’interdit toute ouverte vers la sérénité ; et quand on n’arrive pas à accepter, assumer et apprécier le succès, alors rien de ce qu’on fait n’a véritablement de sens.

Tal BEN-SHAHAR

L’optimaliste se fixe des objectifs, mais atteignables. Il a conscience du chemin à parcourir, et du fait que ce chemin n’est pas linéaire. Il apprend et a su apprendre de ses erreurs et de ses échecs.

Voici mon résumé du livre :

Quelles conditions nous permettent d’être optimaliste ?

En France, dans le milieu professionnel, l’expérience n’est mise en valeur que si elle est positive. Vous ne verrez que rarement sur LinkedIn un article du genre “Comment j’ai planté mon projet”.

Pourtant, c’est ce type d’analyse et de partage qui permet d’apprendre de ses expériences ou des expériences des autres.

C’est compliqué dans notre société de reconnaître la véritable expérience. Par exemple, par rapport à d’autres pays, un entrepreneur qui souhaite venir au salariat est un entrepreneur “qui s’est planté”.

Or son expérience, sa polyvalence, ses qualités managériales sont des qualités qui devraient être reconnues, sans faire peur à la personne qui la managera.

Etre optimaliste implique de prendre suffisamment du recul pour analyser une situation et savoir en tirer parti. Cela implique de se fixer des objectifs raisonnables alors que bon nombre de perfectionnistes ne se fixent plus d’objectifs de peur de ne pas les atteindre, ou de ressentir de émotions désagréables….

L’optimaliste mise sur le chemin à parcourir pour atteindre son but. En vivant chaque étape pleinement.

A l’instar de ce qui est proposé en psychologie positive, l’optimaliste vit pleinement les bons moments comme les mauvais, et en tire l’expérience à chaque étape de son parcours.

Cher lecteur, je ne peux que te conseiller la lecture de ce livre de Tal Ben-Shahar : l’apprentissage de l’imperfection :

De l’apprentissage de l’imperfection…

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